L'esprit français

 

La France est un pays étrange où tout semble possible, même la diffusion de vidéos intimes de candidats aux élections municipales. Tout s’est passé très vite : le lendemain même de la publication sur Internet d’une vidéo à caractère sexuel le concernant, le candidat LREM aux municipales de la ville de Paris a retiré sa candidature. On apprit peu après qu’il s’agissait d’un fichier qu’il avait adressé volontairement à une jeune femme dont le compagnon, un artiste contestataire russe, avait jugé intéressant, dans le but de nuire, d’intercepter et de mettre en ligne. Évidemment la diffusion de cette vidéo érotique n’aura finalement comme principale conséquence que de certainement mettre un terme à la carrière politique de l’individu qu’elle mettait en scène, chose qui aurait d’ailleurs pu arriver plus lentement et d’une manière naturelle puisqu’il était devancé dans les sondages, presque assuré de perdre et sans certitude absolue de pouvoir un jour rebondir, même s’il avait été juste avant porte-parole du gouvernement rattaché au Premier ministre. Mais, au-delà de la déchéance d’un individu, l’on se doit d’imaginer ce qui aurait pu se passer si la vidéo avait été sauvegardée mais non diffusée et si l’individu concerné était devenu maire de Paris et peut-être plus tard, puisqu’il existe des exemples en ce genre, avait été appelé à exercer de plus hautes fonctions. En effet, dans ce cas, des chantages préjudiciables non seulement pour la personnalité mais aussi pour le pays auraient peut-être pu être exercés, par exemple par des organisations criminelles étrangères, chantages du genre : « Si vous critiquez notre action, nous révèlerons cette affaire et diffuserons la vidéo ». L’on peut donc estimer que cette divulgation quasi immédiate a été un moindre mal et qu’au-delà du problème de moralité, dont tout le monde semble s’affranchir aujourd’hui, à partir du moment où l’on reste dans la sphère du privé et du consenti, il convient tout de même de considérer qu’il s’agit là d’un sérieux avertissement rappelant que quand on appartient au monde politique il faut être prudent et ne pas envoyer « n’importe quoi » à « n’importe qui ». Et aussi avoir à l’esprit que le terme « public », quand il concerne des politiciens, ne signifie pas que ceux-ci doivent forcément s’écarter le plus possible de toutes les règles de la bienséance. Quant au risque que présentent les transmissions de fichiers d’images animées via Internet, celui-ci peut facilement être évité en préférant la tranquillité des rencontres réelles aux dangers des relations virtuelles.

 

Février 2020