L'esprit français






 

La France est un pays étrange où tout semble possible, même la décision de rendre obligatoire, en période de crise sanitaire, le port de masques ne protégeant pas contre le virus.
Évidemment, de la même manière que des malades incurables sont parfois tentés, pour guérir, d’essayer toutes sortes de produits, même les plus fantaisistes et même si ceux-ci n’ont aucune chance d’améliorer leur état, porter un masque en période de pandémie, même si celui-ci n’est pas efficace, est une chose plutôt rassurante, histoire de faire quelque chose plutôt que rien. Les masques inefficaces en question sont des masques en coton ou chirurgicaux qui, étant donnée la petitesse des particules véhiculant le virus, ne les filtrent pas et les laissent donc passer quand on est proche d’une personne infectée ou quand on est infecté soi-même. A noter qu’il existe aussi des masques « professionnels » qui, eux, possèdent un haut pouvoir filtrant mais que les masques qui seront distribués à la population à partir du 11 mai 2020 seront des masques « grand public », c’est-à-dire des masques ordinaires. A noter également que certains persistent à croire que les masques « grand public » sont tout de même utiles.
Bien sûr, de la même manière qu’une écharpe ou un foulard peuvent constituer une barrière, les masques inefficaces peuvent protéger un peu, en cas de rapprochement excessif, par exemple des postillons que l’on reçoit ou que l’on émet, mais ils ne doivent en aucune façon être considérés comme étant une manière sûre d’être protégé contre le virus.
Or aujourd’hui toute la stratégie de déconfinement de la France est basée sur le port de ces masques « grand public » (donc inefficaces) et certains envisagent même de les rendre obligatoires, par exemple pour prendre les transports en commun ou pour entrer dans les magasins non alimentaires quand ceux-ci auront rouvert.
La question qui se pose actuellement est donc de savoir si on a le droit d'imposer le port d'un masque inefficace à ceux qui souhaitent s'en passer, en particulier parce qu'ils savent qu'en cas de contamination les chances de guérir sont supérieures à 95 %, et si l’esprit français est encore capable de filtrer les absurdités des propositions que les citoyens apeurés génèrent dans des accès de divagation à répétition.

 

Avril 2020